Des chercheurs sud-coréens viennent de franchir une étape majeure dans la lutte contre le cancer. L’équipe du professeur Ji-Ho Park, au KAIST, a développé une approche inédite : reprogrammer directement les cellules immunitaires présentes à l’intérieur des tumeurs pour les transformer en armes anticancéreuses. Cette stratégie contourne les obstacles qui limitent aujourd’hui l’efficacité des immunothérapies contre les tumeurs solides.
Réveiller les macrophages endormis au cœur des tumeurs
Les tumeurs renferment naturellement des cellules immunitaires appelées macrophages, capables d’attaquer le cancer. Pourtant, l’environnement tumoral bloque leur fonctionnement et les empêche de monter une défense efficace, un phénomène bien documenté dans la littérature scientifique (DeNardo & Ruffell, Nature Reviews Cancer, 2019). L’équipe du KAIST a conçu une thérapie qui agit directement sur le site tumoral : une fois injecté dans la tumeur, le médicament est absorbé par les macrophages déjà présents dans l’organisme. Ces derniers se mettent alors à produire eux-mêmes des protéines CAR, un dispositif de reconnaissance du cancer, et se transforment en CAR-macrophages anticancéreux. Cette conversion s’opère sans qu’il soit nécessaire d’extraire les cellules du corps, contrairement aux méthodes traditionnelles.
Cette approche répond à un défi de taille : les tumeurs solides, comme celles du poumon, de l’estomac ou du foie, forment des structures denses qui empêchent les cellules immunitaires d’y pénétrer facilement ou d’y maintenir leur activité. C’est précisément cette barrière qui limite le succès de nombreux traitements immunitaires existants. En ciblant les macrophages associés aux tumeurs qui s’accumulent naturellement autour des masses cancéreuses, les scientifiques contournent ce problème et évitent un processus coûteux, chronophage et difficilement généralisable en pratique clinique.
Des nanoparticules lipidiques pour reprogrammer les cellules
Le dispositif mis au point repose sur des nanoparticules lipidiques spécialement conçues pour être facilement absorbées par les macrophages. Ces nanoparticules transportent deux éléments : de l’ARN messager contenant les instructions de reconnaissance du cancer, et un immunostimulant qui active les réponses immunitaires. Dans cette étude, les CAR-macrophages ont été générés en « convertissant directement les macrophages du corps en thérapies cellulaires anticancéreuses à l’intérieur de l’organisme », comme le précise l’équipe. Cette stratégie transforme les propres défenses du patient en traitement actif, sans manipulation externe.
Des résultats prometteurs contre le mélanome
Après injection de l’agent thérapeutique dans les tumeurs, les macrophages l’ont rapidement assimilé et ont commencé à produire des protéines reconnaissant les cellules cancéreuses, tandis que les voies de signalisation immunitaire s’activaient. Les CAR-macrophages améliorés ont démontré une capacité significativement accrue à tuer les cellules cancéreuses et à stimuler les cellules immunitaires environnantes, générant un effet anticancéreux marqué. Dans des modèles animaux de mélanome, la forme la plus dangereuse de cancer de la peau non précisée ailleurs dans l’étude, la croissance tumorale a été considérablement réduite. Les résultats suggèrent également que la réponse immunitaire pourrait s’étendre au-delà de la tumeur traitée, ouvrant la voie à une protection immunitaire plus large dans l’ensemble de l’organisme.
Un nouveau concept pour l’immunothérapie
Le professeur Ji-Ho Park souligne l’importance de cette avancée : « Cette étude présente un nouveau concept de thérapie cellulaire immunitaire qui génère des cellules immunitaires anticancéreuses directement à l’intérieur du corps du patient ». Il ajoute qu’elle est « particulièrement significative en ce qu’elle surmonte simultanément les limitations clés des thérapies CAR-macrophages existantes — l’efficacité de livraison et l’environnement tumoral immunosuppresseur ». Les CAR-macrophages présentent en effet un double avantage : ils peuvent directement engloutir les cellules cancéreuses et stimuler les cellules immunitaires voisines, renforçant ainsi la réponse anticancéreuse globale de l’organisme.
Perspectives et limites
Cette recherche ouvre une voie thérapeutique inédite en transformant les cellules immunitaires inactives des tumeurs en combattants anticancéreux sans extraction ni manipulation externe. Les trois points clés à retenir : la capacité à reprogrammer directement les macrophages dans le corps grâce aux nanoparticules lipidiques, l’efficacité démontrée contre le mélanome avec une réduction significative de la croissance tumorale, et le potentiel d’une protection immunitaire étendue au-delà de la zone traitée. Publiée dans la revue ACS Nano et menée par le Dr Jun-Hee Han, cette étude soutenue par la Fondation nationale de recherche de Corée pourrait transformer l’approche des cancers solides et rendre l’immunothérapie plus accessible et efficace pour de nombreux patients.
Cette recherche ouvre une piste thérapeutique prometteuse, mais plusieurs étapes restent nécessaires avant une application clinique : Validation de la sécurité et de l’efficacité chez l’humain Optimisation du ciblage tumoral pour éviter les effets hors-cible Évaluation de la durabilité de la réponse immunitaire Tests sur différents types de tumeurs solides Les prochaines étapes incluront probablement des essais cliniques de phase I pour évaluer la sécurité chez les patients atteints de cancers avancés.
Un article inspiré par : SciTechDaily
Publication originale :
- Han, J.-H. et al. (2024). « In Situ Reprogramming of Tumor-Associated Macrophages into CAR-Macrophages Using Lipid Nanoparticles », ACS Nano [DOI à vérifier – publication récente]
- Institution : Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST), Département de génie biologique et cérébral
- Financement : National Research Foundation of Korea
Note : Cet article se base sur un communiqué de presse. La publication scientifique complète n’a pas pu être consultée directement pour vérification des détails techniques.