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« Deep rest » ou repos profond, secret scientifique pour recharger vraiment vos batteries
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« Deep rest » ou repos profond, secret scientifique pour recharger vraiment vos batteries

Si vous êtes à court d’énergie et lassé des conseils bien-être qui vous demandent toujours d’en faire plus, cette nouvelle approche scientifique va vous intéresser. Des chercheurs proposent de maîtriser un état physiologique particulier, le « deep rest » ou repos profond, qui promet un vieillissement plus sain, une réduction des risques de maladie et davantage d’énergie au quotidien. Le principe ? Faire moins, mais mieux.

Le repos profond, bien plus qu’une simple relaxation

Alexandra Crosswell, psychologue à l’université de Californie à San Francisco, a proposé début 2024 avec ses collègues le concept de repos profond. Il ne s’agit pas d’une simple relaxation, mais d’un état psycho-physiologique coordonné où l’ensemble du système nerveux, endocrinien et immunitaire bascule dans ce que les chercheurs appellent une « signalisation de sécurité ». Crosswell précise : « Le repos profond est au-delà de la relaxation – c’est un changement coordonné de l’ensemble du système nerveux, endocrinien et immunitaire vers un état global de signalisation de sécurité. » Contrairement au « non-sleep deep rest » popularisé par l’influenceur bien-être Andrew Huberman, qui décrit une pratique de relaxation, le repos profond est un véritable changement d’état physiologique où le corps peut se consacrer à la maintenance et à la réparation, au lieu de mobiliser toutes ses ressources pour fuir ou combattre.

Cette distinction est cruciale car elle explique pourquoi cet état offre des bénéfices tangibles : vieillissement en meilleure santé, réduction du risque de maladies et davantage d’énergie disponible. Le corps cesse de maintenir une réponse de panique ambiante et peut enfin investir dans des processus mis en attente pendant les périodes de stress, comme la digestion, la reproduction ou la réparation cellulaire.

Quand le stress vide littéralement nos batteries

Pour comprendre l’intérêt du repos profond, il faut saisir à quel point le stress nous coûte cher, littéralement. Selon une enquête américaine de 2022 portant sur plus de 3000 adultes, plus d’un quart des répondants ont déclaré que le stress rendait difficile leur fonctionnement quotidien. Des expériences ont montré qu’un court épisode de stress psychologique augmente la dépense énergétique des volontaires jusqu’à 67 % au-dessus de leur taux métabolique au repos. Environ un tiers de cette énergie sert à alimenter l’augmentation du rythme cardiaque, le reste étant consacré à la production d’hormones de stress et d’inflammation.

Les conséquences à long terme sont encore plus préoccupantes. Des cellules humaines exposées chroniquement aux hormones de stress en laboratoire brûlent leur énergie 60 % plus rapidement, vieillissent plus vite et meurent plus jeunes. Pendant qu’une réponse au stress est active, le corps met en pause les processus moins urgents. Karen Quigley, neuroscientifique à l’université Northeastern de Boston, explique que cette réponse fait partie d’un processus appelé allostasie, ou « stabilité par le changement », où le cerveau régule le corps de manière prédictive. Le problème ? La plupart des menaces modernes ne justifient pas un tel investissement métabolique, et avec une moyenne de trois événements stressants par jour rapportée par les adultes américains, le corps n’a souvent pas le temps de récupérer avant le prochain coup dur.

Les pratiques contemplatives comme interrupteur biologique

L’équipe de Crosswell s’est penchée sur les raisons pour lesquelles les pratiques contemplatives – prière, méditation, yoga, qigong – améliorent la santé physique et le bien-être mental. Leur conclusion : ces pratiques agissent comme un « reset du système » en mettant l’organisme dans un état de demande énergétique plus faible. Martin Picard, psychobiologiste mitochondrial à l’université Columbia qui a collaboré à cette recherche, précise : « Au lieu de gaspiller votre énergie à fabriquer du cortisol et à accélérer votre rythme cardiaque, vous avez cette réserve d’énergie disponible pour la restauration. »

Les études confirment cette économie d’énergie impressionnante. Des recherches datant des années 1970 ont révélé que pendant la méditation transcendantale, le taux métabolique chutait de 40 % par rapport aux mêmes volontaires assis tranquillement sans méditer. Les pratiquants réguliers de yoga consomment jusqu’à 15 % d’énergie en moins au repos que les non-pratiquants, avec un rythme cardiaque et une pression artérielle au repos plus bas. Le mécanisme exact reste à préciser, mais les chercheurs suspectent que la respiration lente et profonde, particulièrement autour de 6 respirations par minute, joue un rôle clé en activant des capteurs sensibles à l’étirement dans la poitrine, qui à leur tour stimulent l’activité parasympathique du nerf vague. Ce système nerveux parasympathique contrôle la réponse « repos et digestion », l’exact opposé du « combat ou fuite ».

Trouver votre propre chemin vers le repos profond

Une étude de 2025 a montré des résultats concrets : ceux qui ont suivi 10 sessions d’une heure de respiration consciente et d’étirements présentaient des niveaux plus élevés de marqueurs métaboliques sains dans le sang et des niveaux plus bas de ceux associés au risque de maladie. Un groupe de comparaison suivant un entraînement à la relaxation classique n’a montré aucun changement de ce type. Mais Crosswell insiste sur le fait qu’il n’existe pas de voie unique vers le repos profond. Pour certains, la méditation peut même provoquer une réponse de stress. D’autres options incluent la respiration rythmée à 6 respirations par minute, ou simplement passer du temps avec un proche qui vous fait vous sentir en sécurité.

Le contact social représente d’ailleurs un puissant régulateur allostasique. Quigley souligne : « Les humains sont des soutiens allostasiques vraiment critiques les uns pour les autres. Le soutien social est un important régulateur allostasique. » Même le toucher affectueux active des nerfs sensoriels cutanés spécifiques (les fibres C-tactiles afférentes) qui semblent avoir évolué pour solidifier les liens sociaux. Ces fibres réagissent particulièrement bien aux caresses lentes et douces à température corporelle, provoquant une baisse du rythme cardiaque et d’autres marqueurs d’activité parasympathique. Des chercheurs de l’université Cornell testent même un dispositif portable prometteur comme anti-stress dans des essais préliminaires.

En bref …

Le concept de repos profond offre une perspective rafraîchissante sur la gestion du stress et de la fatigue chronique qui touchent nos sociétés. Les trois points essentiels à retenir : le stress nous coûte jusqu’à 67 % d’énergie en plus, les pratiques contemplatives peuvent réduire notre métabolisme de 15 à 40 %, et chacun peut trouver sa propre voie vers cet état réparateur, qu’il s’agisse de respiration rythmée, de méditation, de yoga ou simplement de moments de connexion authentique avec ses proches. Bien que la recherche n’ait pas encore déterminé la « dose » optimale de repos profond, l’accumulation de preuves scientifiques suggère qu’investir du temps dans cet état pourrait transformer notre rapport à la santé à long terme, en nous permettant de passer d’un mode survie épuisant à un mode régénération durable. Une révolution du bien-être qui, pour une fois, demande de faire moins plutôt que plus.

Pour aller plus loin / Source : New Scientist

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