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Biodiversité cachée : une éponge carnivore et 29 espèces inédites identifiées près de l’Antarctique
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Biodiversité cachée : une éponge carnivore et 29 espèces inédites identifiées près de l’Antarctique

The Nippon Foundation-Nekton Ocean Census/Schmidt Ocean Institute © 2025

Dans les profondeurs glacées de l’océan Austral, la science continue de révéler des formes de vie insoupçonnées. Trente espèces marines jusqu’alors inconnues viennent d’y être confirmées, dont une étonnante éponge carnivore hérissée de crochets microscopiques, baptisée « death-ball ». Fruit de deux expéditions internationales et d’un travail collaboratif inédit, cette découverte illustre l’extraordinaire richesse biologique qui subsiste encore dans les zones les plus reculées de notre planète.

Une éponge prédatrice aux allures de piège mortel

Le protagoniste le plus spectaculaire de ces découvertes est sans conteste la nouvelle éponge carnivore du genre Chondrocladia, observée à 3 601 mètres de profondeur au large de l’île Montagu. Contrairement à la plupart des éponges qui filtrent passivement l’eau pour se nourrir, cette espèce adopte un comportement de prédateur actif. Sa forme sphérique est couverte de minuscules crochets qui capturent ses proies, une adaptation remarquable aux conditions extrêmes des grands fonds. Les équipes ont également filmé des vers zombies du genre Osedax, déjà connus de la science mais toujours fascinants : dépourvus de bouche et de tube digestif, ils s’appuient sur des bactéries symbiotiques pour décomposer les graisses contenues dans les os de baleines et autres grands vertébrés. Ces observations rappellent que les abysses recèlent encore des modes de vie radicalement différents de ce que nous connaissons en surface.

The Nippon Foundation-Nekton Ocean Census/Schmidt Ocean Institute © 2025

Près de 2 000 spécimens collectés lors d’expéditions inédites

Les deux expéditions ont mobilisé le navire de recherche R/V Falkor (too) du Schmidt Ocean Institute et son robot sous-marin ROV SuBastian. La première, baptisée « Searching for New Species in the South Sandwich Islands », a exploré des calderas volcaniques, la fosse des Sandwich du Sud et les fonds marins autour des îles Montagu et Saunders. L’équipe a collecté près de 2 000 spécimens appartenant à 14 groupes d’animaux différents, ainsi que des milliers d’images haute définition et plusieurs heures de vidéo. Parmi les temps forts : la découverte de nouvelles cheminées hydrothermales à environ 700 mètres de profondeur, abritant des communautés chimiosynthétiques, des jardins de coraux vibrants, des traces d’un volcanisme sous-marin explosif et, fait rare, les premières images confirmées d’un calmar colossal juvénile. La seconde expédition, dans la mer de Bellingshausen, a profité d’une opportunité unique : en janvier 2025, l’iceberg A-84, d’une superficie d’environ 510 km², s’est détaché de la plateforme glaciaire George VI. Le navire est devenu le premier à explorer un fond marin qui était resté scellé sous environ 150 mètres de glace, offrant un accès inédit à un écosystème potentiellement vierge.

Un atelier collaboratif pour accélérer la validation scientifique

La confirmation de ces 30 nouvelles espèces a eu lieu lors du Southern Ocean Species Discovery Workshop, organisé par l’Universidad de Magallanes à Punta Arenas, au Chili. Ce format innovant réunit des taxonomistes internationaux qui trient, photographient et comparent les spécimens sur place, en recourant au besoin au séquençage ADN ciblé. Comme l’explique le Dr Michelle Taylor, responsable scientifique du programme Ocean Census, cette approche comprime un processus qui prend habituellement plus d’une décennie en un cycle bien plus rapide, tout en maintenant la rigueur scientifique grâce à l’implication d’experts mondiaux. À ce stade, moins de 30 % des échantillons collectés ont été analysés, ce qui laisse présager de nombreuses autres découvertes. Parmi les espèces déjà confirmées figurent de nouveaux vers écailleux iridescents, plusieurs espèces d’étoiles de mer, des crustacés dont certains pourraient constituer une nouvelle famille d’amphipodes, et des gastropodes et bivalves adaptés aux environnements volcaniques et hydrothermaux. D’autres candidats, notamment des coraux noirs et un possible nouveau genre de Plumes de mer, sont en cours d’examen.

Des outils de pointe au service de la biodiversité

Pour le Dr Jyotika Virmani, directrice exécutive du Schmidt Ocean Institute, ces résultats illustrent ce que rend possible la combinaison d’outils avancés – cartographie précise des fonds, imagerie ROV haute définition – et d’un réseau scientifique global. L’océan Austral demeure l’une des régions les plus sous-échantillonnées de la planète, alors qu’il joue un rôle central dans la compréhension de l’évolution, de la biogéographie et de la résilience des écosystèmes face au changement climatique. Mitsuyuki Unno, directeur exécutif de The Nippon Foundation-Nekton Ocean Census, souligne que « accélérer la découverte d’espèces n’est pas un luxe scientifique, c’est essentiel pour le bien public ». Toutes les espèces confirmées selon les critères du programme Ocean Census seront versées dans une plateforme de données ouverte, accessible aux scientifiques, décideurs et communautés du monde entier.

En bref …

Cette moisson de 30 nouvelles espèces, dont une éponge carnivore spectaculaire et un calmar colossal juvénile filmé pour la première fois, témoigne de la richesse encore largement inexplorée des abysses australes. En combinant expéditions de pointe et ateliers collaboratifs accélérés, le programme Ocean Census démontre qu’il est possible de raccourcir drastiquement les délais de validation scientifique sans sacrifier la rigueur. Avec moins d’un tiers des échantillons déjà analysés, les fonds marins du pôle Sud promettent encore de nombreuses révélations, autant de pièces essentielles pour mieux protéger et comprendre la biodiversité marine face aux défis climatiques. Cette dynamique ouvre la voie à une connaissance partagée et ouverte, indispensable pour éclairer les futures stratégies de conservation à l’échelle mondiale.

Source : Ocean Census

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